La technologie blockchain dans le secteur de l’énergie
La blockchain apporte au secteur de l’énergie des mécanismes décentralisés et transparents pour échanger l’énergie, la gérer et suivre les efforts de durabilité. Cet article passe en revue quatre usages : le commerce d’énergie de pair à pair (P2P), l’intégration des énergies renouvelables, la gestion des réseaux intelligents et le suivi des émissions de carbone. La blockchain permet à des particuliers de s’échanger directement de l’énergie renouvelable, aide à gérer les déséquilibres énergétiques avec les véhicules électriques et rend le suivi des émissions de carbone plus traçable. Sa transparence et sa sécurité peuvent aussi rendre les systèmes énergétiques nettement plus efficaces et plus durables. Son adoption se heurte encore à des limites, qu’il faudra lever pour bâtir un système énergétique plus vert et plus résilient.


Commerce d’énergie de pair à pair
Le commerce d’énergie de pair à pair (P2P) est l’une des applications les plus prometteuses de la blockchain dans l’énergie. Un particulier peut vendre directement son surplus d’énergie renouvelable à ses voisins, avec moins de recours à une autorité centrale et aux intermédiaires. Ce modèle décentralisé suit le passage du secteur aux énergies renouvelables et autorise des prix fixés localement et de façon flexible. L’entreprise australienne Power Ledger a par exemple relié des communautés en « micro-réseaux » où les habitants s’échangent de l’énergie. Sur ces plateformes, des contrats intelligents (des programmes exécutés automatiquement sur la blockchain) simplifient les transactions, qui deviennent plus rapides, moins coûteuses et plus transparentes.
Intégration des énergies renouvelables
Les énergies renouvelables produisent de façon intermittente et depuis des sites dispersés, ce qui complique leur intégration dans les systèmes énergétiques centralisés traditionnels. Des marchés locaux de l’énergie fondés sur la blockchain répondent en partie à ce problème grâce au commerce décentralisé et à une tarification flexible. Les véhicules électriques peuvent aussi aider à gérer les déséquilibres : avec leurs batteries, ils lissent les écarts d’énergie dans l’espace et dans le temps. La blockchain gère les transactions sous-jacentes et tient une comptabilité transparente et exacte de toute l’énergie produite et vendue sur les marchés locaux ou en P2P.
Gestion des réseaux intelligents
Dans un réseau intelligent, la blockchain permet des négociations fondées sur le consensus, au moyen de contrats intelligents. La production, la consommation et les données du réseau sont suivies plus vite, ce qui peut aider à stabiliser le réseau électrique et à réduire le recours aux services de flexibilité. Les enregistrements de la blockchain sont ouverts et vérifiés. Le personnel autorisé consulte donc en temps réel les données du réseau, ce qui facilite son exploitation et améliore les flux d’énergie entre producteurs et utilisateurs. Comme ces enregistrements ne peuvent pas être modifiés sans que cela se voie, la blockchain protège l’intégrité des données une fois inscrites, une exigence pour une infrastructure critique comme le réseau électrique. Elle ne garantit pas pour autant l’exactitude des mesures transmises, ni la sécurité du réseau lui-même.
Suivi des émissions de carbone et durabilité
Pour atteindre leurs objectifs de durabilité et respecter la réglementation, les organisations doivent mesurer précisément leurs émissions de carbone. Associée à des capteurs IoT (objets connectés), la blockchain aide à suivre ces émissions : les capteurs mesurent, et la blockchain conserve un historique de ces mesures difficile à falsifier. La fiabilité du suivi dépend donc d’abord de celle des capteurs. La Commission nationale de l’énergie du Chili (CNE) a par exemple lancé en 2018 un projet qui inscrit sur la blockchain Ethereum l’empreinte numérique (hash) des données publiées sur sa plateforme Energía Abierta, pour certifier qu’elles n’ont pas été modifiées. La transparence des blockchains publiques limite les risques d’exploitation abusive, financière ou des données.
Défis et limites
La blockchain a encore des limites dans le secteur de l’énergie. La consommation d’énergie de certains réseaux, comme Bitcoin, inquiète pour son impact environnemental ; les plateformes plus récentes y répondent avec des mécanismes de consensus plus économes. La confidentialité et le passage à l’échelle posent aussi problème. Les blockchains privées et de consortium réservent l’accès aux données à des parties approuvées au préalable, avec des droits définis. C’est une solution provisoire, en attendant que les blockchains publiques intègrent les fonctions de confidentialité nécessaires. Les données de consommation d’un ménage sont par ailleurs des données personnelles au sens du RGPD, qui prévoit un droit à l’effacement. Or rien ne peut être supprimé d’une blockchain : la CNIL recommande depuis 2018 de ne pas y inscrire de données personnelles en clair et de n’y conserver, par exemple, qu’une empreinte ou une version chiffrée.
Conclusion
La blockchain peut transformer le secteur de l’énergie en ouvrant le commerce décentralisé, en améliorant la gestion des réseaux intelligents et en renforçant le suivi des émissions. Son avenir dépendra de la réponse apportée aux limites décrites plus haut : consommation d’énergie, confidentialité, protection des données personnelles et passage à l’échelle.